Bruxelles exige que Google ouvre Android aux services d'IA concurrents
La Commission européenne propose que Google ouvre les fonctions clés d'Android aux services d'IA tiers aux mêmes conditions que Gemini. Il s'agit d'une intégration plus poussée avec les applications et les capacités système du smartphone, afin que les assistants puissent par exemple envoyer des e-mails, partager des photos ou lancer des actions dans d'autres applications. La décision finale sur le respect du DMA est attendue d'ici fin juillet.
Traité par IA depuis Bloomberg Tech ; édité par Hamidun News
La Commission européenne s'attaque directement à l'avantage de Google sur Android : le régulateur veut que les services d'IA tiers obtiennent le même accès pratique aux capacités du système que celui dont bénéficie aujourd'hui Gemini. Si les propositions sont retenues, Android en Europe cessera d'être une plateforme où le niveau d'intégration le plus profond est réservé par défaut à l'IA de Google.
Le 27 avril 2026, la Commission européenne a présenté à l'encontre de Google un ensemble de mesures préliminaires au titre du Digital Markets Act. Il ne s'agit ni d'une amende immédiate ni d'une décision définitive sur une infraction, mais de l'étape suivante de ce que l'on appelle la specification proceeding, une procédure dans laquelle Bruxelles décrit précisément comment l'entreprise doit remplir ses obligations au titre du DMA. Au cœur du différend : Android, et la question de savoir si Google peut laisser des fonctions système clés en privilège de fait à Gemini tout en bridant des concurrents comme ChatGPT ou Claude.
Les exigences sont assez concrètes. Selon la Commission, les services d'IA concurrents doivent pouvoir interagir efficacement avec les applications d'un appareil Android et effectuer des actions au nom de l'utilisateur. Cela ne signifie pas simplement être présent sur Google Play : il faut accéder aux mêmes capacités matérielles et logicielles que celles sur lesquelles repose l'expérience native de Gemini sur smartphones et tablettes. Dans les exemples cités par le régulateur, un assistant tiers doit pouvoir envoyer un e-mail via l'application de messagerie préférée de l'utilisateur, commander un repas ou partager une photo dans un autre service, sans restriction artificielle de la part de la plateforme.
L'affaire remonte au 27 janvier 2026, date à laquelle la Commission a ouvert deux procédures parallèles visant Google. La première concerne l'article 6(7) du DMA et l'interopérabilité d'Android pour les fournisseurs d'IA tiers. La seconde porte sur l'article 6(11) et l'accès aux données de Google Search pour les moteurs de recherche concurrents, y compris les chatbots d'IA dotés de fonctions de recherche. Le 16 avril, Bruxelles avait déjà publié des mesures préliminaires distinctes sur les données de recherche ; elle s'attaque maintenant au volet mobile du différend.
Pour Bruxelles, l'enjeu est de taille : sur mobile, c'est souvent le niveau d'intégration au système qui décide quel assistant l'utilisateur garde par défaut. Celui qui se lance plus vite, comprend mieux le contexte de l'appareil et peut agir via d'autres applications prend l'avantage avant même que la qualité du modèle ne soit comparée. Les tiers peuvent envoyer leurs commentaires jusqu'au 13 mai 2026, après quoi la Commission prévoit de rendre sa décision finale sur la conformité de Google au DMA d'ici fin juillet 2026.
Google conteste, sans surprise. L'entreprise affirme qu'Android reste un écosystème ouvert, où les fabricants peuvent configurer eux-mêmes les fonctions d'IA, et que les nouvelles exigences de Bruxelles font peser un risque sur la vie privée et la sécurité. L'argument central de Google : si le régulateur l'oblige à ouvrir l'accès à des capacités matérielles sensibles et à des autorisations système, le coût de maintenance de la plateforme augmentera et les protections des utilisateurs européens s'affaibliront. Au fond, le débat ne porte plus seulement sur la concurrence, mais sur la frontière entre une interopérabilité équitable et l'exposition dangereuse de droits système trop profonds.
Pour le marché, c'est un test important : l'IA mobile va-t-elle devenir un nouveau cas de verrouillage de plateforme ? Si la Commission impose ses mesures, les utilisateurs d'Android dans l'UE auront un vrai choix, pas seulement entre des icônes d'applications, mais entre des assistants capables de travailler avec l'appareil avec la même profondeur. Si la position de Google l'emporte, Gemini conservera son principal avantage stratégique : être intégré au système d'exploitation, ce que les concurrents auront du mal à rattraper, même avec de bons modèles.
Autrement dit, ce qui se joue aujourd'hui en Europe n'est pas un différend mineur sur les réglages d'Android, mais la question de savoir si le prochain niveau de l'IA mobile sera un marché ouvert ou un écosystème fermé de plus.
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