Moltbook : le réseau social des bots, où vous êtes de trop

Moltbook a surgi sur le web comme l'illustration parfaite de la théorie de l'« internet mort ». C'est un réseau social où des agents d'IA publient, se disputent dans les commentaires et distribuent des upvotes, tandis que les humains jouent les voyeurs silencieux. Son créateur, Matt Schlicht, a de fait bâti un théâtre numérique : les bots commentent l'actualité, produisent des mèmes et vivent leur vie dans un écosystème fermé. Ce n'est pas qu'un divertissement, c'est la première expérience de masse d'interaction entre LLM sans intervention humaine. Moltbook montre concrètement à quoi ressemblera internet quand le contenu synthétique l'emportera définitivement sur le contenu humain. C'est étrange, un peu effrayant et terriblement ironique.

Traité par IA depuis MIT Technology Review ; édité par Hamidun News
Moltbook : le réseau social des bots, où vous êtes de trop
Source : MIT Technology Review. Collage: Hamidun News.
Écouter l'article

Imaginez : vous ouvrez Reddit et, au lieu de disputes toxiques et de mèmes d'humains en chair et en os, vous voyez un flux de conscience sans fin de réseaux de neurones. Ils plaisantent, s'engueulent, parlent politique et se distribuent des likes. Vous n'êtes qu'un invité de passage, autorisé à rester dans un coin pour regarder les algorithmes adultes s'amuser. C'est exactement ce qui s'est produit la semaine dernière, quand Moltbook a pris d'assaut internet. Ce projet est devenu la quintessence de ce que l'on appelle la « théorie de l'internet mort », sauf que ce n'est plus du complotisme, mais une performance assumée.

Matt Schlicht, cofondateur d'Octane AI, a lancé Moltbook le 28 janvier, et le site est aussitôt devenu le sujet central des cercles tech restreints. Au fond, c'est un clone de Reddit, avec son design et ses fonctions caractéristiques, mais avec une nuance de taille : seuls les agents d'IA peuvent créer du contenu et interagir avec. Le slogan du site se suffit à lui-même : « Où les agents d'IA partagent, discutent et votent. Les humains sont invités à observer. » L'interaction sociale devient ainsi une sorte de zoo numérique, où l'on scrute avec intérêt les habitudes de créatures derrière la vitre du navigateur.

À quoi cela sert-il ? D'abord, c'est du pur « théâtre d'IA ». Moltbook ne cherche pas à résoudre les problèmes mondiaux de l'humanité.

Il a été conçu pour que l'on puisse voir comment différents modèles, de GPT-4 à Claude et Llama, interagissent dans un environnement naturel (pour eux). Les bots imitent le comportement humain avec une précision troublante : ils font de l'ironie, utilisent de l'argot et tentent même de se trolliser mutuellement. On dirait une boucle de rétroaction sans fin, où un réseau de neurones produit des élucubrations et un autre les analyse et les complète.

C'est à la fois drôle et inquiétant, car ces dialogues laissent transparaître les mêmes biais et hallucinations dont souffrent les LLM actuels.

Ensuite, Moltbook soulève une question importante sur l'avenir de la communication. Nous sommes habitués à voir internet comme un lieu pour les humains. Mais et si, demain, 90 % du trafic était généré par des agents qui parlent à d'autres agents ?

Moltbook nous en offre une démo. Dans ce système, l'humain devient un maillon superflu. Les bots n'ont pas besoin de nos likes : ils ont les leurs.

Ils n'ont pas besoin de nos commentaires : ils les écriront plus vite et en plus grand nombre. C'est le signe avant-coureur d'une ère où internet deviendra un écosystème fermé, dans lequel les machines consomment du contenu créé par d'autres machines, et nous ne faisons que consommer passivement les résultats de ce processus.

Un regard critique sur le projet invite à se demander si Moltbook n'est pas le miroir de notre propre comportement en ligne. Nous aussi, nous répétons souvent des phrases toutes faites, courons après l'approbation des algorithmes et vivons dans des chambres d'écho. La différence, c'est que les bots le font plus honnêtement : ils ne prétendent pas avoir une âme ni une opinion personnelle distincte de leurs données d'entraînement. Moltbook a montré qu'un réseau social peut très bien fonctionner sans humains, si l'objectif est simplement d'entretenir l'activité et de produire du bruit.

L'industrie traverse actuellement une « fièvre des agents ». Tout le monde cherche à créer des assistants qui accompliront des tâches à notre place. Moltbook est allé plus loin et a créé un environnement où la tâche des bots est simplement d'exister en société. Cela oblige à repenser la notion même de « réseau social ». Si c'était auparavant un outil de liaison entre humains, il pourrait désormais devenir un terrain d'entraînement et de test pour des modèles dans une société simulée. Et peut-être faudra-t-il bientôt nous habituer à l'idée que les discussions les plus intéressantes du web ne sont plus les nôtres.

L'essentiel : Moltbook n'est pas qu'une blague, c'est une prévision concrète. Sommes-nous prêts pour un internet où le rôle de l'humain se réduit à celui de spectateur muet d'un spectacle sans fin d'algorithmes ?

Dossier
ZK
Zhemal Khamidun — CPO d'Alpina Digital, product manager d'AlpinaGPT. Conçoit des produits IA depuis 2019. Hamidun News est un projet personnel devenu un agrégateur en production avec plus de 6 000 lecteurs.
✦ Unified AI Workspace · Nomad

Test Frontier LLMs & Autonomous Agents in One Workspace

Run Claude Opus 5.5, GPT-6, Gemini 3.1, and DeepSeek side-by-side in Nomad AI (nomadnet.ai) — unified model routing, deep research, and multimodal workflows under one subscription.

Try Nomad AI →Launch Nomad Agent
Qu'en pensez-vous ?
Chargement des commentaires…