Honor se lance dans les robots humanoïdes : pourquoi un fabricant de smartphones s'intéresse aux machines anthropomorphes
Honor Device Co., surtout connu comme fabricant de smartphones, présentera cette semaine son premier robot humanoïde. L'entreprise fait son entrée dans un secteur en pleine expansion, devenu l'une des grandes priorités technologiques de la Chine. Des dizaines d'entreprises chinoises se sont déjà lancées dans la course aux robots humanoïdes, des constructeurs automobiles aux spécialistes de l'électronique grand public. Honor compte s'appuyer sur son expertise en AI et en capteurs pour concevoir un robot de service de nouvelle génération.
Traité par IA depuis Bloomberg Tech ; édité par Hamidun News
Honor, que la plupart des gens connaissent comme fabricant de smartphones milieu et haut de gamme, s'apprête à prendre un virage inattendu. Cette semaine, l'ancienne filiale de Huawei présentera son premier robot humanoïde : une machine de service capable d'interagir avec les humains dans des situations du quotidien. Révélée par Bloomberg, l'information ressemble à une ligne de plus dans le flux ininterrompu d'annonces venues de Chine. Elle traduit pourtant une transformation bien plus profonde de toute l'industrie technologique du pays.
Pour saisir le contexte, il faut revenir sur les dix-huit derniers mois. La Chine vit une véritable fièvre de la robotique humanoïde. Fin 2023, le gouvernement chinois a inscrit les robots humanoïdes sur la liste des technologies stratégiques ; depuis, les investissements et les nouveaux acteurs affluent dans le secteur. Des entreprises qui, hier encore, se consacraient aux voitures électriques, à l'électroménager ou au logiciel annoncent les unes après les autres le développement de robots. BYD, Xiaomi, UBTECH, Fourier Intelligence, Unitree Robotics : la liste s'allonge chaque mois. Honor la rejoint à son tour, signe que la robotique humanoïde a cessé d'être une niche pour devenir une ligne incontournable dans le portefeuille de toute grande marque technologique chinoise.
À première vue, passer des smartphones aux robots paraît exotique. Mais en y regardant de plus près, la logique saute aux yeux. Un robot humanoïde moderne est, au fond, une plateforme mobile bourrée des mêmes technologies qui font la compétitivité d'un smartphone : processeurs avancés dotés d'accélérateurs neuronaux, batteries de caméras et de capteurs, algorithmes de vision par ordinateur, interfaces vocales reposant sur des grands modèles de langage.
Honor a hérité de Huawei une solide expertise en ingénierie et un accès à l'écosystème des fondeurs de puces chinois : elle dispose de toutes les compétences nécessaires pour entrer dans la partie. L'entreprise développe déjà activement ses propres fonctions d'AI sur smartphone, notamment des modèles embarqués, et transposer ces acquis sur une plateforme robotique semble une suite logique.
Précision importante : Honor présente bien son projet comme un robot de service. La nuance est essentielle. Contrairement aux humanoïdes industriels conçus pour les usines et les entrepôts, comme ceux que Tesla teste dans ses sites de production, les robots de service sont pensés pour interagir avec le grand public.
Hôtels, centres commerciaux, aéroports, hôpitaux, bureaux : le marché potentiel est immense. Selon Goldman Sachs, le marché mondial des robots humanoïdes pourrait atteindre 154 milliards de dollars d'ici 2035, dont une part importante reviendrait précisément au segment des services. Avec son gigantesque secteur des services et une pénurie de main-d'œuvre qui s'aggrave sous l'effet de la crise démographique, la Chine constitue un terrain d'expérimentation idéal pour ce type de solutions.
Un scepticisme de bon aloi reste toutefois de mise. Entre la présentation spectaculaire d'un prototype et un produit réellement opérationnel en exploitation commerciale, il y a un gouffre. La robotique humanoïde demeure l'un des défis d'ingénierie les plus complexes de notre époque. Même les leaders du secteur, Boston Dynamics, Figure AI ou Agility Robotics, sont encore loin de produire en série des machines humanoïdes réellement autonomes et fiables. Malgré des démonstrations impressionnantes, de nombreux projets chinois en sont à un stade précoce et dépendent fortement des subventions publiques. Reste à savoir si Honor saura proposer autre chose qu'un joli concept, ou si son robot ne sera qu'un énième coup marketing destiné à afficher les ambitions technologiques de la marque.
La question a aussi une dimension géopolitique. La course aux robots humanoïdes ouvre un nouveau front dans la rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis. Washington suit de près les progrès chinois dans ce domaine, et il n'est pas exclu que la robotique devienne, après les semi-conducteurs, le prochain secteur visé par des restrictions à l'exportation. Pour Honor, qui a déjà traversé une séparation douloureuse d'avec Huawei, frappée par les sanctions américaines, ce facteur ne peut que peser dans sa planification stratégique.
L'annonce de Honor dépasse la simple actualité d'entreprise. Elle montre que la robotique humanoïde a atteint en Chine un stade où même des entreprises sans expérience dans le domaine s'y lancent, en misant sur les synergies avec leurs compétences existantes. Si ne serait-ce qu'une partie de ces projets se révèle viable, le monde comptera non pas un ou deux, mais des dizaines de fabricants de robots humanoïdes, qui se disputeront le marché et feront rapidement baisser les prix. C'est exactement ce que la Chine a déjà fait avec les smartphones, les voitures électriques et les panneaux solaires. Les robots semblent être les prochains sur la liste.
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