Anthropic : 20 milliards de dollars pour tenter de prendre le dessus sur OpenAI

Anthropic finalise un tour de table de plus de 20 milliards de dollars, qui pourrait être bouclé dès la semaine prochaine. Après le succès de Claude 3.5 Sonnet, les investisseurs sont désormais convaincus que Dario Amodei peut réellement rivaliser avec Sam Altman. Cet argent n'est pas seulement du capital : c'est le carburant qui servira à acheter des puces Nvidia et à régler les factures de calcul dans le cloud. Dans un secteur où l'entraînement d'un seul modèle approche le milliard, Anthropic joue son va-tout. La société cesse ainsi d'être une start-up prudente centrée sur la sécurité de l'IA pour devenir un acteur offensif à part entière sur le marché des grands modèles de langage.

Traité par IA depuis Bloomberg Tech ; édité par Hamidun News
Anthropic : 20 milliards de dollars pour tenter de prendre le dessus sur OpenAI
Source : Bloomberg Tech. Collage: Hamidun News.
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Vingt milliards de dollars. Prenez le temps de mesurer ce chiffre. Ce n'est pas seulement le budget d'un petit État ou la valeur d'une grande compagnie aérienne. C'est désormais le ticket d'entrée dans le club de ceux qui prétendent bâtir une intelligence artificielle « divine ». Anthropic, qui s'est longtemps présentée comme l'alternative « éthique et prudente » à OpenAI, finalise un accord qui changera durablement son statut. Selon des sources proches du dossier, ce tour de table colossal sera bouclé d'ici quelques jours. Il marque la fin de l'ère de l'enthousiasme romantique pour l'IA et le basculement vers une guerre totale des capitaux.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut revenir aux origines. Anthropic a été fondée par d'anciens d'OpenAI, partis de chez Sam Altman précisément en raison de désaccords sur la sécurité et sur une commercialisation jugée excessive. Le frère et la sœur Amodei voulaient construire une IA qui ne déraille pas et ne détruise pas l'humanité. Mais la réalité s'est révélée ironique : pour rendre une IA sûre, il faut d'abord la rendre intelligente. Et pour la rendre intelligente, il faut des centaines de milliers de cartes graphiques Nvidia et des milliards de dollars d'électricité. Résultat : la start-up « sûre » doit aujourd'hui lever des sommes aussi astronomiques que ceux qu'elle avait fuis.

Pourquoi les investisseurs sont-ils prêts à signer de tels chèques maintenant ? La réponse tient aux récents succès de Claude 3.5 Sonnet. Anthropic a longtemps joué les poursuivants, mais sa dernière itération a forcé beaucoup d'observateurs à l'admettre : Claude ne se contente pas d'égaler GPT-4o, il le surpasse même sur certains aspects, comme la programmation et le naturel de la langue. Les investisseurs y ont vu une occasion de briser le monopole d'OpenAI. Quand on dispose d'un produit qui fonctionne vraiment et que les développeurs apprécient, 20 milliards de dollars n'ont plus rien d'insensé. Cela ressemble plutôt à un pari raisonnable sur le deuxième cheval d'une course dont l'enjeu est le contrôle du logiciel mondial de demain.

Cette pluie de dollars a toutefois son revers. En acceptant de telles sommes de géants comme Amazon et Google, Anthropic perd inévitablement une part de son indépendance. L'entreprise n'est plus seulement un laboratoire de chercheurs, mais un levier puissant entre les mains des fournisseurs de cloud. L'essentiel de ces milliards ne restera même pas sur les comptes d'Anthropic. Ils retourneront presque aussitôt aux mêmes investisseurs, sous forme de paiements pour la location de capacités serveur. Un montage élégant : l'argent fait une boucle et revient aux grands groupes tech, ne laissant à la start-up que le droit de poursuivre la course.

Qu'est-ce que cela signifie pour l'ensemble du secteur ? D'abord, le seuil d'entrée dans l'élite des LLM devient pratiquement inaccessible aux nouveaux venus. Sans quelques dizaines de milliards derrière soi, impossible même d'entamer la discussion. Ensuite, on assiste à une consolidation autour de deux ou trois pôles de puissance. Le marché de l'IA se transforme en duopole ou en triopole, où Anthropic tient le rôle de principal contrepoids intellectuel à OpenAI. Et si les Amodei parlent toujours de sécurité, leurs actes montrent qu'aujourd'hui, c'est l'échelle qui prime. Sans d'immenses capacités de calcul, tout discours sur l'éthique restera un simple discours dans des bureaux vides de San Francisco.

L'essentiel : Anthropic est définitivement devenue le reflet d'OpenAI. L'entreprise saura-t-elle préserver son « âme » et ses principes de sécurité, alors que des dizaines de milliards de dollars d'argent d'investisseurs sont en jeu et qu'il lui faut afficher une croissance multipliée tous les six mois ?

Dossier
ZK
Zhemal Khamidun — CPO d'Alpina Digital, product manager d'AlpinaGPT. Conçoit des produits IA depuis 2019. Hamidun News est un projet personnel devenu un agrégateur en production avec plus de 6 000 lecteurs.
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