La police de Londres utilise l'IA de Palantir pour surveiller ses propres agents
La police métropolitaine de Londres a reconnu utiliser des outils d'IA de Palantir pour surveiller le comportement de ses propres agents. Le système analyse les données sur les arrêts maladie, les absences injustifiées et les heures supplémentaires afin de repérer d'éventuels manquements aux normes professionnelles. La Police Federation a vivement condamné cette pratique, qu'elle qualifie de « suspicion automatisée ». Palantir est une entreprise américaine qui travaille aussi avec l'armée israélienne et avec l'ICE, le service de l'immigration, sous l'administration Trump. Jusqu'ici, Scotland Yard refusait de confirmer ou de démentir le recours aux technologies de Palantir.
Traité par IA depuis Guardian ; édité par Hamidun News
La police métropolitaine de Londres, la plus grande force de l'ordre du Royaume-Uni, a confirmé officiellement pour la première fois qu'elle utilise des outils d'intelligence artificielle de l'américain Palantir pour surveiller le comportement de ses propres agents. Le système analyse les arrêts maladie, les absences injustifiées, les heures supplémentaires et d'autres données internes afin de repérer automatiquement les agents susceptibles de poser des problèmes de déontologie. La Police Federation, le syndicat qui représente les policiers de base, a aussitôt condamné cette pratique, qu'elle qualifie de « suspicion automatisée ».
Cet aveu de Scotland Yard fait suite à une enquête du Guardian. Jusqu'alors, la direction de la police refusait systématiquement de confirmer ou de démentir tout lien avec Palantir, une entreprise dont la réputation suscite de vifs débats des deux côtés de l'Atlantique. Cofondée par Peter Thiel, l'un des principaux alliés de Donald Trump dans la Silicon Valley, Palantir travaille de longue date avec les services de renseignement et l'armée américains. Elle compte aujourd'hui parmi ses clients l'ICE, le service de l'immigration qui mène des expulsions massives sous l'administration Trump, ainsi que l'armée israélienne. Pour les défenseurs britanniques des droits humains, collaborer avec une telle entreprise constitue déjà en soi un motif d'inquiétude.
Mais le problème dépasse le simple choix d'un prestataire. Pour la première fois, un grand service de police d'une démocratie occidentale applique ouvertement l'analyse algorithmique non pas à des suspects ou à des citoyens, mais à ses propres agents. Sur le papier, l'objectif est louable : la Metropolitan Police traverse une profonde crise de confiance après une série de scandales, du meurtre de Sarah Everard par l'agent Wayne Couzens aux accusations de racisme et de sexisme systémiques consignées dans le rapport accablant de la baronne Casey en 2023.
La direction cherche désespérément des outils capables d'identifier les agents à problèmes avant qu'ils ne commettent un crime ou une faute grave. Les algorithmes de Palantir, qui analysent des schémas comportementaux (arrêts maladie fréquents, heures supplémentaires irrégulières, absences inexpliquées), doivent jouer ce rôle d'alerte précoce.
C'est pourtant précisément là que l'efficacité technologique se heurte à des questions fondamentales sur les droits des salariés et la nature même du soupçon. La Police Federation n'a pas choisi la formule « suspicion automatisée » par hasard. Lorsqu'un algorithme signale un agent sur la base d'anomalies statistiques, par exemple des arrêts maladie trop fréquents, il ne s'agit pas d'une enquête sur une faute précise, mais d'un profilage fondé sur les données.
Un agent atteint d'une maladie chronique ou traversant une crise familiale risque de devenir suspect aux yeux d'un système qui ne comprend pas le contexte. Plus encore, une surveillance totale crée en elle-même un climat de défiance qui pourrait aggraver un moral déjà au plus bas dans les rangs de la police londonienne.
Le dossier comporte aussi une dimension juridique. La législation britannique sur la protection des données, le UK GDPR et le Data Protection Act 2018, impose des exigences strictes en matière de décisions automatisées affectant des personnes. Si les algorithmes de Palantir produisent des recommandations qui influent sur la carrière des agents ou sur des procédures disciplinaires, cela pourrait exiger une analyse d'impact relative à la protection des données et la garantie, pour les agents, du droit de contester les décisions automatisées. On ignore encore si toutes ces procédures ont été respectées, sachant que Scotland Yard a caché jusqu'au dernier moment l'usage même de cette technologie.
Le cas de la Metropolitan Police s'inscrit dans une tendance plus large qui s'accélère partout dans le monde. De New York à Tokyo, les forces de l'ordre déploient de plus en plus de systèmes d'IA pour la reconnaissance faciale, la police prédictive ou l'analyse des réseaux sociaux. Mais le cas londonien se distingue : ici, la surveillance algorithmique vise l'intérieur même de l'institution. Cela crée un précédent susceptible de s'étendre bien au-delà de la police : s'il est acceptable de profiler algorithmiquement des policiers, qu'est-ce qui empêche d'appliquer la même logique aux médecins, aux enseignants, aux fonctionnaires ?
Pour Palantir, ce contrat marque une nouvelle étape de son expansion sur le marché européen des services publics. L'entreprise travaille déjà avec le National Health Service britannique, ce qui suscite également les protestations des défenseurs des droits humains. Chaque nouveau contrat renforce la position de Palantir comme fournisseur incontournable d'infrastructures analytiques pour l'État, et rend d'autant plus épineuse la question de savoir dans quelle mesure des institutions démocratiques doivent dépendre d'une entreprise privée américaine à la liste de clients pour le moins particulière.
L'expérience londonienne de surveillance des policiers par l'IA pose à la société une question dérangeante, à laquelle il n'existe pas encore de bonne réponse. Peut-on combattre les dysfonctionnements institutionnels de la police avec les mêmes outils de surveillance totale que la société critique lorsqu'ils visent les citoyens ? Ou, plus simplement : qui surveillera ceux qui surveillent les surveillants ?
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